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JEUtuil

Max et Aimée à Venise

22 Mars 2008 , Rédigé par Emmanuel Publié dans #CHRONIQUES D' UNE VIE ORDINAIRE

16 Novembre 1995...    

     

 


 ...Je me souviens, nous quittions notre Auvergne pluvieuse pour ... Venise !
Dès le matin de bonne heure, les dieux de la météo (en grève ?) s'étaient ligués contre nous, des seaux d'eau réduisant notre vue à néant et la visibilité à pas grand chose. 
Prenant notre mal en patience, (plus que 1000 kilomètres) nous pensons aux millions de photos que nous allons ramener... 
A hauteur de Chambéry, il tombe toujours des hallebardes ; les véhicules qui nous ouvrent la route, soulèvent des gerbes d'eau si hautes que l'essuie-glace n'arrive pas à suivre. Je me tiens donc à distance respectable. Quel déluge !
On se rebranche sur les infos : ... le plan Juppé... Serbes et Croates... Bla bla.. Auxerre qui cartonne.... ah ! ils disent qu'il pleut. Ok, on avait remarqué !  Aimée fixe la route en silence ; elle semble ailleurs.
Heureusement, notre véhicule (une R.....t 19 de location) offre confort et sécurité, c'est déjà ça.
Nous profitons d'une accalmie, en Haute-Savoie, pour admirer le site exceptionnel des Alpes enneigées. Nous faisons la halte-déjeuner au "courte paille" de "Houches" dans la vallée de Chamonix. Attablés près d'une superbe cheminée rustique, nous avalons vite fait nos steaks (la faim...)
Nous repartons, et la pluie refait son apparition ; nos esprits vagabondent avec "radio nostalgie"...
... "faut que j't'invite à Venise, avant que l'eau l'ait noyée...
... avant que l'eau des banquises vienne couvrir le monde entier...
... on se perdra dans les cartes postales, on voguera sur les canaux sales...
.... Faut que j't'invite à Venise avant que l'eau l'ait noyée"...
 (N. Fernandez)


Le tunnel coupe court à nos rêveries musicales. 12 kms dans la montagne, 150 F, 10 minutes. 
On a beau se dire qu'on n'est pas claustro, on apprécie de revoir le ciel, même gris. D'autant que, malgré les nombreux appareils de ventilation, les gaz d'échappement sont largement perceptibles.


De l'autre côté, le site est magnifique ! Les bovins du coin, témoins impassibles de ce ballet d'autos quotidien, paissent tranquillement ; et puis c'est tout ce qu'ils ont à faire ! Une maman "meuh" explique à son gourmand de veau sevré accroché à sa tétine, qu'"on ne peut pas paître et avoir tété" dans ce bas monde (proverbe Manu-suisse...). On oublie vite la promiscuité des vaches philosophes  pour réaliser soudain que nous venons depuis la sortie du tunnel, de fouler le sol italien. Et désormais, notre oeil affûté, jusque-là ensommeillé par les rideaux d'eau (...), retrouve son rendement optimum à la vue de ces villages pittoresques, accrochés à la montagne. 


Nous traversons le nord de l'Italie d'Ouest en Est, et notre première étape sera Sirmione, au bord du lac de garde. Le brouillard qui nous accompagne depuis quelques heures s'épaissit à l'approche du lac et compromet sérieusement nos perspectives de photos. 
Nous voilà arrivés. Nous cherchons un hôtel et un endroit sympa pour nous restaurer.

Le "Gardenia", un hôtel 2 étoiles à l'architecture ouvragée, sera notre gîte. Nous espérons un confort à la hauteur des prétentions affichées. Pour commencer, les tauliers nous confisquent les cartes d'identité ; une coutume qui en dit long sur la confiance et le respect que nous témoignent nos amis italiens. 
Pas mécontents de nous dégourdir un peu les yeux, les idées et hein ?... oui les jambes aussi !
Dans un "ristorante" près de l'hôtel, nous savourons notre premier repas italien. L'ambiance est décontractée. 
De retour à l'hôtel, nous prenons possession de la chambre au confort rudimentaire mais correct. Repos, câlins, douche, télé, lecture et mots croisés, closent notre soirée. (oui, dans cet ordre, je crois)

                                            masques-th-atre.gif
  Vendredi 17 novembre... 

 Une matinée merdeuse que nous mettons à profit (tout de même) pour visiter le bled et son "lac gardé". Un épais brouillard recouvre toujours ledit lac et les canards deviennent tout à coup la seule attraction aquatique du coin (coin). 
Nous partons alors explorer la cité. Celle-ci nous dévoile des charmes au delà de nos espérances. Nous arpentons des ruelles quasiment désertes, et de boutiques de souvenirs en terrasses de café, nous découvrons la "forteresse de Scaliger", une bâtisse du XIIIème siècle. Oh les créneaux ! Belles pierres et balcons fleuris ajoutent encore au charme de ces ruelles. L'appareil photo remplit son office.

 
Après les vestiges d'une villa romaine et les grottes de "Catulle", nous retournons sur nos pas, le long des oliviers. Avant de reprendre la route, nous déjeunons au "Pozzo". La taulière, nous accueille comme "chez elle", s'adressant à nous comme si nous parlions l'italien couramment. Elle répétera souvent le nom des plats, et nous faisons un excellent repas (italien) ; le "vini rosso della casa" est fameux.


Nous empruntons l'"autostrada" ; la circulation est dense mais fluide, et sur trois voies.
Nous abordons Mestre en soirée. Une chambre à l'hôtel "le Capitol" (retenu par Aimée) nous attend ; un trois étoiles à 6 kms de Venise. La chambre est spacieuse et la salle de bain confortable.

Un pont long de 4 kms traverse la lagune. Des navettes "route" et "fer" permettent un accès rapide. Sans attendre, nous prenons la navette "route" ; notre traversée, gâtée par les fumées des usines du port de "Marghera", ne laisse en aucun cas présager des beautés à venir. De même, d' énormes bâtiments sombres qui mouillent là, abandonnés semble-t-il, ajoutent à la grisaille du site. C'est laid !
Le bus nous pose à la "piazzale roma" où le "vaporetto" nous attend, un omnibus sur l'eau qui atteint la place "San Marco" en 30 minutes...
Pour la petite histoire... Venise est bâtie sur 117 îles ; 150 canaux et 400 ponts y sont décomptés. Fondée en 811 par les habitants de "Malamocco", près du Lido, qui fuyant les francs s'établirent sur des îles plus sûres du "Rivo alto", aujourd'hui Rialto. Placée dès 828 sous protection de Saint Marc, dont le corps avait été ramené d' Alexandrie, Venise s'organisa rapidement en république gouvernée par un doge, mot dérivé du latin "dux" (chef)....


Le voile sombre de novembre s'est abattu sur nous ; ce sera "Venise by night".  Un chauffeur de bus patibulaire et taciturne nous emmène "pied au plancher".
Puis, nous nous engouffrons dans les venelles faiblement éclairées, à la recherche de la place Saint-Marc. Nous tournons et tournons, cinquante mille fois dans ces ruelles sales où l'on ne circule parfois qu'en file indienne. Pas toujours très rassurés, car on ne rencontre pas grand monde dans ce dédale de rues enchevêtrées. Au bout de 45 minutes, nous atteignons enfin la fameuse place, balayée par un vent glacial. La nuit à Venise, tous les chats sont gris, mais les basiliques aussi... ce n'était pas une bonne idée.
Mais l'idée de revenir sur nos pas nous insupporte, aussi, décidons-nous de rentrer avec le "vaporetto" qui n'est pas un fer à repasser à vapeur, mais le moyen le plus pratique pour circuler dans la cité ; un transport en commun sur l'eau. 
Nous remettons la visite au lendemain, il est temps de nous restaurer et d'étancher notre soif ; vite une "birra" !
Oh le gentil ristorante ! J'ai le gosier tellement sec, j'ai l'impression d'avoir avalé le désert de Gobi et le Sahara !...                             

Samedi 18 novembre... 


09 Heures. C'est reparti ! Et cette fois-ci, nous avons le temps avant la nuit. 
Nous reprenons bus et vaporetto. Il fait très froid, le vent cingle nos visages engoncés dans les blousons ; je sors tout de même l'appareil photo car l'endroit vaut le coup d'oeil.
Nous empruntons le "grand canal" qui déploie sa courbe sinueuse de la gare au bassin de Saint-Marc, un boulevard maritime bordé de somptueux palais patriciens de la république. Nous croisons moultes gondoles superbes, dont certaines à l'arrêt qui attendent le client. Oh le Rialto ! De toute beauté, ce pont !  L'église "Stan Stae", "Ca' d'Oro"... 
La concurrence est rude pour les gondoles qui côtoient sur les canaux, vaporetto, traghetto et autres barques-citernes. 
- Voyez, regazza, (semblent dire les gondoliers) elle s'enfonce !

Bientôt elle sera visitée en sous-marin, ce sera... "venez m'sieurs dames, admirer les vestiges de la ville engloutie"...
C'est exagéré mais visiblement, les rez-de-chaussée ont bien les "pieds dans l'eau".
Le "casino municipale", un des rares endroits en Italie où les jeux d'argent sont autorisés. Les façades des hôtels sont superbes par leurs architectures diversement ouvragées.
Les "sestières" : Dorsoduro, San Giorgio et le Giudecca, San Polo et Santa Croce, Cannaregio, Castello et l'Arsenal. 

 
- Le taxi-gondole de Madame est avancé, il attend devant l'hôtel.
Toutes ces maisons et hôtels semblent surgir de l'eau.
Enfin la place San Marco. Elle s'ouvre sur le grand canal par la "piazzetta". les deux colonnes de granit surmontées du lion de St-Marc et de la statue de St-Théodore, furent rapportés de Constantinople, selon les prospectus. Un édifice aux influences byzantines et occidentales. Construit au XIème siècle pour abriter le tombeau de l'évangéliste Marc. Tous les styles sont représentés ; byzantin, roman, gothique, renaissance, un ensemble harmonieux et varié. Les marbres et les mosaïques sont d'une magnificence extraordinaire. Quatre chevaux de bronze surmontent le portail central de style byzantin. L'intérieur est éblouissant : marbres rares, porphyres et mosaïques forment l'essentiel de la décoration d'inspiration byzantine et renaissance sur fond or.

 
De retour dehors, une nuée de pigeons nous barre le passage. Malgré le froid (presque zéro) le touriste n'est pas rare. Les lampadaires roses sont .... d'une beauté rare sur cette "Piazza" comme l'appellent les vénitiens. J'en ramènerais bien un à la maison. Avec ses pigeons par centaines, ses inondations mémorables et ses arcades, la place Saint-Marc concentre la plus grande partie de l'histoire de Venise et de celle de ses habitants.
Orientale, riche et exubérante, la basilique St Marc ou  "Chiesa d'oro " est un trésor à part entière. Côté sculpture, l'extraordinaire jubé de marbre réalisé par Jubello et Dalle Masegne, est considéré comme la statuaire la plus importante de l'art gothique. 
Siège du pouvoir d'une république qui a vécu mille ans, le palais de doges, tout à tour attaqué, rasé ou brûlé, a toujours su se relever et renaître à chaque fois plus puissant et plus beau.
Dans la salle du grand conseil, deux années ont été nécessaires au Tintoret pour réaliser "le Paradis", une toile gigantesque de 22 mètres de long.
 Bien des images sont éternelles et restent associés à des visions universelles. On ne saurait en effet concevoir Venise sans voir se profiler la silhouette unique de ses gondoles le long de ses canaux.  

 
"Le midi", nous sommes attirés par un bistrot à l'enseigne française, dont les serveurs, sympas et rieurs, parlent un peu le français, ou plutôt font semblant. Ils nous proposent le beaujolais nouveau, et en plus il est bon ! Nous passons un agréable moment. 
Nous musardons dans les ruelles commerçantes qui regorgent de boutiques remplies de masques et d'articles en verre de Murano. Nous abordons le fameux Pont des soupirs, reliant le palais des Doges aux prisons. On dit que Casanova séjourna dans ces geôles et s'en évada de façon rocambolesque. Il remonte au XIIème siècle et doit son nom aux gémissements des prisonniers, conduits via ce pont, vers le lieu de leur exécution. Depuis l'un des superbes ponts de la cité, je ne me lasse pas de photographier ces ruelles inondées et souvent étroites, qui ne profitent pas, hélas, des rares éclaircies. Aimée soupire d'aise dans mes bras le temps d'une photo ; clic ! merci Madame.

 
Arrive l'incontournable promenade en gondole tant attendue par Aimée. Elle se pelotonne contre moi et nous nous laissons dériver, drivés par un gondolier en habit traditionnel. Un calme presque inquiétant se dégage de ces eaux inertes et troubles. Je remarque les fenêtres des rez-de-chaussée à fleur d'eau : toutes closes. Par contre, les maisons à partir du 1er étage affichent une  architecture raffinée et des couleurs théâtrales...

 

Nous dînons à l'hôtel. Aimée "sympathise" avec le serveur : 
- Monsieur, s'il vous plait !
- Signorina... ?!
- Qu'est-ce ceci ?!
- ?...?!...
- C'est une chenille ! (il aurait été nul au jeu du "schmilblick" !) Est-ce normal ?
- Heu... je vais voir...
 Le serveur revient au bout de 5 minutes et nous indique le plus simplement du monde qu'il n'y est pour rien, que c'est de la soupe congelée et qu'il nous prie de l'excuser (Il aurait pu commencer par là !)
- J'en veux plus. Donnez-moi une salade à la place.
- Tout de suite, Madame.
 Cette fois, Aimée aura plus de chance car elle ne trouvera qu'un cheveu. Elle perdra l'appétit, mais pas son sens de l'humour.
Le serveur, qui a du métier et du savoir-vivre, après avoir consulté sa montre une cinquantaine de fois, nous poussera gentiment vers la sortie dès le dessert...
En regagnant la chambre, une musique "chebran" venant du bar dansant de l'hôtel nous interpelle. Nous décidons de jeter un oeil, et peut-être de clore notre dernière soirée à Venise en sirotant un "Jim Beam"...      
 
 Venise n'est plus seulement une carte postale, elle vit désormais dans nos souvenirs et revivra à l'occasion lorsque nous effeuillerons l'album. Comme la plupart des visiteurs, touchés par la magie que dégage la cité vénitienne, nous nous sommes promis ... et de revenir.

            
 

 

       

        Maxime Pontelouse dit Kaktus
  à suivre...  

                                                                                                              

                                                   

                                                                                        

                            

 


  

 

   

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