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JEUtuil

Max et Aimée en Andalousie

17 Mai 2008 , Rédigé par Emmanuel Publié dans #CHRONIQUES D' UNE VIE ORDINAIRE

01 mai 1998.

... "En mai, fais ce qu'il te plait", dit le dicton. Et pourquoi pas une petite virée en Andalousie ?! 


Avant que mon Aimée ne prenne le temps de réfléchir, nous sommes déjà aux portes d'Aranjuez, à deux pas de Madrid. Une ville superbe, avec des monuments et encore des monuments ; une ville quasi faite pour le touriste ! En revanche, déjeuner avant 14 H 00 n'est pas chose facile. Trop tôt ! Nous en faisons les frais au "Quid", notre première étape, un "restaurante" où le "con (de serveur) sert tôt" en faisant la gueule. Bon, le "bacalao" passe bien et le vin rouge itou, on n'a pas tout perdu. Sans compter que la cité vaut le coup d'oeil...


Après cet intermède, nous poursuivons notre route vers le Sud.
  "Welcome et Olé" ! Nous dit Seville qui nous accueille à l'heure de la "feria". La pension "Sanabria" nous loge à 15 kms de la capitale andalouse et l'on peut s'estimer heureux en cette période.  


Les Espagnols ont l'habitude dès les beaux jours de laisser les portes de leurs maisons ouvertes ; l'occasion d'exhiber fièrement les azulejos typiques et les fers forgés joliment ouvragés dans les antichambres de leurs patios fleuris. D'emblée, on remarque l'empreinte arabe au niveau de l'architecture ; superbe ! Le "coliseo", la Giralda, la cathédrale "Santa Isabel" et tant d'autres beautés nous transportent dans un monde insoupçonné (surtout pour Aimée) à 1500 kilomètres de notre terre auvergnate. Le Guadalquivir sépare la ville en deux parties distinctes, de l'autre côté se trouve le quartier gitan, et la feria. 


Notre quête des fameuses tapas dans les ruelles fleuries et ombragées, nous mène dans le barrio "la Cruz". Nous prenons un pot au comptoir, ça amuse beaucoup Aimée ; le "camarero" inscrit les commandes à la craie directement sur le zinc. Le vin blanc, excellent, est nommé "fino" par ici. Toutes ces tapas offertes, alignées sur le comptoir, on voudrait les goûter toutes ! Les "raciones", plus copieuses, nous remplissent l'estomac et nous donnent peut-être, les forces nécessaires pour la marche forcée qui nous attend. Le soleil est omniprésent, et s'il n'y avait pas ce petit vent vif, ce serait parfait.
Quelle végétation ! Avec tous ces palmiers, on se croirait au Maroc. Là, pas de gondoles, mais des promenades en calèche ou en bateau sur le Guadalquivir. La feria a attiré beaucoup de touristes comme chaque année, il n'est pas rare de croiser des groupes en voyage organisé menés par des guides.


02 mai 1998.                     

Nous pénétrons dans le site de la feria.
Celle-ci s'étire sur plusieurs hectares ; il est difficile de tout voir, nous ne savons quel itinéraire emprunter. La fête bat son plein. Nous croisons des attelages soignés et très colorés tirés par les fameux chevaux andalous superbes, et menés par des messieurs en costume strict et chapeau "haut de forme"... De nombreuses femmes et enfants portant le costume traditionnel sévillan, chantent et dansent dans les "casetas". Ces casetas qui rivalisent de beauté pour gagner le premier prix. Les cavaliers ont fière allure avec leur costume et leur sombrero ; ils font exécuter à leur monture des allures particulières, comme à la parade. La fête foraine est également présente avec ses attractions habituelles et de nombreux stands nous permettent de siroter un "fino" ou d'avaler vite fait une "cerveza" bien fraîche. Quelle débauche de couleurs ! Nous progressons dans une foule bigarrée ; ça parle anglais, japonais, italien, français...


  
Aux alentours des arènes de Séville, j'obtiens (au noir, car les billets sont tous vendus paraît-il) deux entrées à 5000 pesetas l'unité. Je n'ai jamais assisté à une vraie corrida et depuis le temps qu'Aimée en rêvait...

Pour 5000 pesetas, nous sommes relativement bien placés mais en plein soleil (faut pas rêver !)
18 H 00. Dès le début, on se croit revenu aux jeux du cirque tels que nous les montrent les péplums italiens. Au programme de ce jour, 6 taureaux ont été choisis pour leur combativité (des bravos) dont le poids varie de 512 à 597 kilos de muscles. Ouf !  Parmi les toreros, on nous vante (sur les prospectus) Miguel Baez dit "Litri", Jesulin de Ubrique et Pepin Liria, accompagnés comme il se doit par toute leur clique de picadores, et banderilleros. Nous avons un soleil de face, ce qui ne va pas améliorer les photos. Sur les gradins en dur, nous sommes un peu entassés (pas question d'aller faire pipi).
Les arènes sont combles. C'est parti.


Un taureau furieux fait irruption sous les clameurs de la foule. Il se retrouve seul sur ce sable rougeâtre et pourtout il rue, cabriole et encorne violemment un ennemi invisible comme s'il venait d'avaler un excitant. C'est alors que les picadores font leur entrée sous les quolibets d'un public qui devient très vite hystérique. Leurs chevaux portent des protections en toile de jute semble-t-il, qui descendent jusqu'aux jarrets, et des oeillères. Le picador, lui, est en costume traditionnel ; il tient une longue pique.
Le taureau se jette sans attendre sur les chevaux qui décollent parfois du sol sous les coups de cornes ; les picadores les repoussent en leur enfonçant profondément leur pique à hauteur de l'épaule. Très vite je prends peur pour le cheval, mais apparemment, la protection remplit son office et les cavaliers savent mener leur monture. Le taureau, maculé de sang, voit sa rage décuplée par la douleur. 

Les picadores dont le travail consiste, on le suppose, à fatiguer la bête, restent trop longtemps à mon goût et au goût du public ; ils sortent enfin, sous les huées.
Viennent alors les banderilleros qui exécutent quelques pas de danse rapides pour planter leurs banderilles sur le dos du taureau qui paraît déconcerté, face à ces frèles "danseuses" virevoltantes et inaccessibles . Il reprend son souffle de temps en temps, ne sachant plus où donner de la corne. Ces banderilles ne doivent pas lui faire beaucoup de mal après les piques, au mieux l'exciter  davantage.

Les banderilleros s'effacent pour laisser place (enfin) au boss, au torero, moyennement applaudi, comme si le public se souvenait de sa dernière (mauvaise ?) prestation. Avec sa cape, il exécute  un savant travail d'esquive qui fait tourner le taureau (un peu plus) en bourrique. Ce dernier commence à tirer la langue, et parfois se désintéresse de la "ballerine" insaisissable qui le harcèle comme une grosse mouche colorée. Le torero est maintenant obligé d'aller au devant de la bête, d'autant que le public n'apprécie pas la non combativité du taureau.
Pour une première, nous en prenons plein les yeux : des costumes d'une luminosité incroyable, des couleurs superbes, une chorégraphie originale et déconcertante ... Une réelle et vibrante émotion.

Visiblement, le public ne montre aucune indulgence, bien au contraire, ce qui oblige le torero à prendre des risques inconsidérés.
La seconde prestation (même scénario avec un taureau vite usé...) est encore moins du goût du public qui manifeste bruyamment ; les quolibets fusent  : 
- Amène-le au milieu qu'on le voit ! 
- Achève-le au revolver tant que tu y es ! ...
Ce dernier "toro" ne sera pas tué mais raccompagné par les vachettes vers la sortie et sûrement vers l'abattoir... l'histoire ne le dit pas. Le torero, lui, se dépêchera de filer sous les sifflets et en se protégeant la tête des jets de coussins et autres. Parole !



                                                         ... 


   Arrive Pepe Liria. Un fou ! A genoux, il attend le prochain taureau 20 m face à la sortie, avant toute intervention des picadores ou banderilleros. Le taureau se rue sur lui sans hésiter ; le kamikaze évite la corne de quelques centimètres d'un pas chassé (il est à genoux). C'est le délire dans les gradins ! Pendant une demi-heure environ, il va prendre tous les risques et "se faire aimer" du public. Il va passer tellement près qu'il sera déséquilibré à deux reprises et son costume terminera ensanglanté (du sang de la bête). Au final, on lui permettra  de couper une oreille à cette pauvre bête, et sortira sous les acclamations. Pour un peu il signerait des autographes avant de s'éclipser en serrant les fesses...   

    ... C'est tout de même très violent, et je dois dire, un peu déroutant. Ce ballet aux couleurs flamboyantes durant lequel le torero flirte lascivement avec la bête ; une danse pleine de sensualité sur le fil du rasoir. Du grand spectacle, certes, mais pour amateurs. Au delà de l'émotion, la culture taurine participe à la pensée, à l'identité d'un peuple. C'est l'Espagne.



03 mai 1998.

Après ces émotions, Ronda, qui possède également un riche passé taurin, nous reçoit vers 11 h 30. On supporte bien son blouson ; faut dire que la ville culmine à 750 m d'altitude. Une belle animation règne dans ce patelin très lumineux et luxuriant ; de nombreux cars vomissent çà et là leurs retraités.
Pendant que les anciens, tremblants de froid, s'extasient en "Deutche" et en "Rosbif", nous cherchons un hôtel. Et très vite nous jetons notre dévolu sur l'hôtel-restaurant  des "frères Macias" dans la rue Pedro Romero (un torero bien sûr). A la bodega des frangins, nommée "la verdad", nous refaisons le plein de tapas et fino pendant que la télé nous sert de la corrida, et en direct.

                                      
La pluie fait son apparition et justifie une petite sieste avant la visite incontournable des fameuses arènes. Notre chambre au dernier étage dispose d'une terrasse dont nous ne profiterons sûrement pas car l'orage gronde déjà...
A l'entrée des arènes, une statue rend hommage à "Manolete" qui mourut en 1947 à Linares.
C'est fait !  Nous connaissons désormais les plus célèbres arènes du monde. Nous foulons prudemment le sable pendant que les toros n'y sont pas. L'endroit dégage un curieuse impression, quelque chose de magique...  Pour les photos, Aimée fait la vachette ou la torera pendant que j'inspecte la "sombra alta", (ombre haute) le meilleur endroit (et le plus cher) des gradins.  
Les nuages vont et viennent sous les assauts d'un vent désagréable ; la pluie a cessé mais si la température continue de chuter, on devra se réfugier... à la bodega.

Nous pénétrons dans le musée taurin de Ronda. Riche en "trajes de luz" de toutes les couleurs, il regorge également de peintures et dessins historiques dont certains de la main du grand maître Picasso. On aperçoit sur ces représentations que parfois (c'est pas si rare) le taureau gagne (coupe-t-on les oreilles du torero ?) ; ce fut le cas avec "Curro Guillen" que l'on voit se faire encorner en peinture. La tauromachie, une aubaine pour les "noircisseurs" et amateurs de pellicule.
 

Ronda, une très jolie ville construite sur une butte à moins de 100 kms de la mer face à l'Afrique et à 1800 kms de Clermont-Ferrand. Les figuiers géants attirent notre oeil non exercé. Nous avons une sacrée vue sur les oliviers à perte de vue et sur de lointaines montagnes. Les rues de ce patelin sont curieusement très propres, ce n'est pas toujours le cas en Espagne. Ils devaient savoir que l'on venait ; pas de chiens dans les rues, donc pas de déjections, c'est mieux pour les espadrilles bleues d'Aimée qui sort, qui dîne et qui dit qu'il pleut. Encore ?! Vite, rentrons, les tapas nous attendent à l'intérieur, me susurre-t-elle avec une oeillade coquine.   
Le soir, nous dégustons quelques spécialités : Gaspacho, rabo de toro, riz au lait...

Le mauvais temps persiste. Le tonnerre et la pluie nous tiendront éveillés une bonne partie de la nuit, mais ce seront des instants magiques que je n'oublierai pas de sitôt...   


05 mai 1998.

Cordoba. Avant de rejoindre Cordoue, nous faisons une petite escale à Montilla où nous achetons du vin dans une bodega.
Impossible d'ignorer le concours populaire de patios fleuris ; ils ont placardé des pubs partout.
Les patios cordouans. Une tradition qui remonte à l'époque romaine et qui atteindra des sommets de splendeur à l'époque musulmane. Comment je le sais ?! Eh je l'ai lu, pardi !
Le concours existe depuis 1918. Chaque année, durant le mois de mai, Cordoue explose par sa lumière, ses couleurs et ses parfums. Plus de 150 patios témoignent de l'identité des quartiers et de ses habitants. Le printemps éclate et la ville revêt son habit de gala pour l'occasion. La cité renferme dans ses patios l'essence d'un mode de vie méditerranéen... Nous arpentons la ville et découvrons la cathédrale, les abords de la "petite mosquée" la Mesquita, la plaza de la Corredera, immense place du marché parsemée de briques rouges ; on dirait une arène rectangulaire.  
Au hasard d'un ruelle, nous tombons sur les phases de sélection du 15ème concours international de flamenco, chant et danse. Pendant 2 heures, nous profitons de l'aubaine et d'un spectacle d'une qualité rare. Je suis notamment subjugué par le timbre de voix de "Laura Galvez" !
Au restaurant "El Potro", Aimée se remet de ses émotions devant une cerveza bien fraîche avec des "aceitunas".
Nous réintégrons notre hôtel "Los Arcos" qui possède un patio de toute beauté, envahi d'arbres et de plantes en pôts...



06 mai 1998.

Andujar est notre dernière escale. A 50 kms au nord de Cordoue, l'hostal "Botijo" propose aux touristes de goûter les recettes familiales andalouses riches en produits authentiques de la sierra et autres mets délicieux préparés dans la plus pure tradition "andujenia". Nous avons réservé à l'hôtel Don Pedro, situé dans le centre de la cité. L'hôtel tout confort est d'abord remarquable par son architecture. Une décoration andalouse rehausse le standing de l'édifice, des pots de géranium et des plantes grimpantes rafraîchissent l'air de la terrasse et nous rappellent encore une fois une des manifestations artistiques les plus populaires d'Andalousie : le patio.

07 mai 1998.

Comme chaque année, les "andujenos" célèbrent la "virgen de la cabeza". A cette occasion, outre le fameux pèlerinage (que certains terminent à genoux), la ville est enguirlandée durant une semaine au cours de laquelle les touristes (surtout) espagnols vont affluer de tout le pays. Lors de notre visite, nous découvrons de jolis "paseos" et des fontaines superbes.
Nous dégustons des tapas pour "trois francs six sous" dans une cafétéria déserte car c'est l'heure de la sieste ; seule la télé nous accompagne en diffusant des extraits (très déshabillés) du festival de Rio. Pour digérer, nous faisons une petite promenade (à l'ombre) qui passe par le marché couvert et la "calle ancha n°5".

La route qui mène au sanctuaire de la vierge est toujours aussi tortueuse mais avec moins d'ornières que la dernière fois (pft... des lustres...). Apparemment, les gorets qui nous ont précédés, ont tout salopé. Les immondices jonchent le sol, partout, c'est dégueulasse !
De là haut, nous avons une vue imprenable sur la sierra et le parc naturel. Un car de vieux squatte un troquet au pied du sanctuaire. Ca danse et ça chante jusque dans la rue au rythme de la musique... nous reprenons la route...
                                                  

   Maxime Pontelouse dit Kaktus
                       

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luddo 19/05/2008 19:55

Oups, tu l'as dit ! T'as failli nous faire passer pour des vieux avec tes 20 ans !! Ok je te pardonne. J'espère aussi qu'on y retournera.

namour 19/05/2008 17:29

oupssssssss10 ans déjà !!!! mon doigt a fourché

namour 19/05/2008 13:02

20 ans déjàl'un de mes plus beaux souvenirsIl faudra que l'on y retourne